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La vie à bord de la Saipem 7000 : vivre à bord d’une « ville flottante »

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Des membres de l’équipe du parc éolien en mer du Calvados embarquent régulièrement à bord du navire  grue « Saipem 7000 » pour suivre l’avancée des travaux en mer. Estelle, Éric et Louis ont passé deux semaines en mer à bord du navire.

Ils nous racontent leur expérience et les coulisses d’un navire et d’un chantier hors normes.

Comment êtes-vous arrivés sur la Saipem 7000 ?

Estelle et Eric : Il y a deux manières d’arriver sur la Saipem 7000 (ou S7000) : le transfert par Crew Transfer Vessel (navire de transfert de personnel) ou par hélicoptère. Pour notre transfert, compte tenu des conditions météo, nous avons dû prendre un hélicoptère au départ de l’aéroport de Caen-Carpiquet.

Louis : Les changements de personnel à bord ont lieu tous les jeudis et sont organisés en différentes rotations. J’ai également fait le transfert par hélicoptère de Caen jusqu’à la S7000.

 

 

 

 

 

Le navire est gigantesque, est-il facile de se repérer ?

Estelle : La SAIPEM 7000 est l’un des plus gros navires-grues semi-submersibles au monde par ses dimensions mais aussi par la capacité de levage de ses grues : 7000 tonnes par grue !
Il nous a fallu quelques jours pour nous habituer et nous repérer. Et puis, même au bout de 2 semaines, on ne prend pas de risque : on prend toujours les mêmes chemins pour être sûrs de ne pas se perdre ! Le bateau peut loger (et nourrir) jusqu’à… 720 personnes à bord ! Nous sommes actuellement 310.

Eric : La S7000 est si vaste qu’elle est équipée d’ascenseurs dans le bloc d’hébergement pour monter les neuf étages. La S7000 dispose également d’ascenseurs de service qui vous emmènent du pont principal jusqu’aux salles des pompes de ballast et des propulseurs.
Il y a également un cinéma et un hôpital.

Coulisses du S700 et du parc éolien en mer du calvados

Quelle est votre mission à bord ?

Estelle : Notre mission à bord c’est d’être les yeux et les oreilles du maitre d’ouvrage. Nous assistons tous les jours au meeting du navire avec le capitaine et l’équipe projet de Saipem et nous surveillons les activités réalisées par notre/nos sous-traitant(s). On s’assure que les procédures soient bien respectées et on prône l’importance de la sécurité pour chaque opération. Nous communiquons quotidiennement avec nos collègues à terre pour les tenir au courant de la progression des opérations et des problèmes rencontrés à bord.

Louis : J’étais à bord de la Saipem 7000 pour s’assurer de la surveillance des mammifères marins pendant les travaux.  C’est le bureau d’étude environnemental Sinay, qui est en charge de la surveillance visuelle et acoustique des mammifères marins avant et pendant l’installation des monopieux par vibrofonçage. C’est une opération assez bruyante mais qui dure en moyenne une demi-heure. Afin de pouvoir commencer les opérations, on  s’assure qu’aucun mammifère marin n’est présent dans la zone. Deux observateurs et une personne en charge de l’écoute à l’aide d’hydrophones, sont en permanence sur le bateau pendant les opérations.

A bord du S700 Parc eolien en mer Calvados

Quels sont les endroits dans lesquels vous intervenez ? 

Estelle : Nous surveillons les opérations principalement depuis le ‘bridge’ (passerelle) et le ‘main deck’ (pont) du bateau. Nous allons également quelques fois dans la fondation, plus précisément, dans la pièce de transition soit pour suivre les activités, soit pour effectuer l’inspection de taking-over, lorsque SAIPEM nous « livre » officiellement la fondation.

Louis : La surveillance des mammifères marins se fait depuis le ‘bridge’ au plus près des opérations, les observateurs marins eux sont dehors, positionnés de chaque côté du navire.

Combien de temps restez-vous à bord ? Votre présence est-elle ponctuelle ou il y a toujours un représentant de l’entreprise à bord ?

Estelle et Eric : Nous faisons des rotations de 14 jours en mer. Il y a toujours à bord un représentant du maitre d’ouvrage et sur tous les navires du chantier.

Avez-vous des bureaux pour travailler à bord ?

Estelle : Oui. Nous avons un bureau dédié aux représentants du maitre d’ouvrage. Mais on trouve aussi une salle de repos avec plusieurs canapés et une machine à café… italienne, pour le plus grand plaisir d’Eric !

Quand on est ‘Client Rep’ (représentant du maitre d’ouvrage) à bord d’un navire, on peut suivre encore un peu notre travail habituel, répondre à nos mails, suivre certaines réunions mais on privilégie toujours le suivi des opérations à bord.

Eric : La S7000 est si immense que l’espace de travail des clients comprend trois bureaux équipés d’écrans permettant de visualiser les flux vidéo provenant du pont principal, des grues et des robots de travaux sous-marins. Il y a plus d’une centaine de caméras à bord de la S7000, ce qui permet de voir à peu près tout ! Il y a également un « salon » privé équipé avec une machine à café barista ainsi qu’une salle de réunions avec une maquette réduite de la Saipem 7000.

Louis : L’avantage des bureaux qui nous sont réservés c’est qu’ils offrent un accès direct sur l’extérieur, ce qui n’est pas le cas de tous les bureaux. Cela nous permet d’être au plus près des opérations. Effectivement il y a une machine à café italienne, il ne faut pas trop en boire si on veut réussir à dormir !

 

 

Comment suit-on les travaux ? De loin dans un bureau ou devez-vous être sur le terrain ? 

Estelle : Dans notre bureau nous avons un moniteur qui transmet les images de certaines caméras. Mais la plupart du temps, nous aimons être au cœur de l’action donc nous montons au ‘bridge’ (le poste de commandement du navire) car c’est d’ici que l’Offshore Construction Manager suit les opérations et donne les ordres au grutier, au conducteur du ROV (robot sous-marin de travaux), et au superviseur pour les levages les plus importants.

Nous assistons également aux « Tool Box Talk » de notre contractant à chaque début de quart, cela nous permet d’être au plus proche des travailleurs et de savoir quel est leur programme pour les 12h à venir.

Dès que nous le pouvons, nous allons également régulièrement sur le pont du navire ou sur la fondation pour voir plus en détails certaines manœuvres ou voir de plus près les outils !
Ces moments sont importants car ils nous permettent de réaliser à quel point certaines opérations peuvent être simples ou au contraire complexes pour ceux qui les réalisent. On se rend compte du temps qu’elles prennent aussi et du matériel nécessaire pour les réaliser correctement ! Ce sont les procédures que l’on a souvent lues et relues qui prennent vie !

Louis : Pour les opérations d’installation de la fondation on est surtout sur le ‘bridge’, c’est un peu le « poste de commandement » des opérations de vibrofonçage, l’ambiance est très sérieuse, il n’y a pas un bruit à part l’OCM (offshore construction manager) qui donne les ordres pour le bon déroulement des opérations ! C’est également sur le ‘bridge’ que l’on retrouve les PAM (personnel en charge de l’écoute des mammifères marins) et les MMO (observateur des mammifères marins) qui s’occupent de la surveillance des mammifères marins.

Quel rythme de travail/repos avez-vous sur le navire ?

Estelle : Le navire fonctionne 24h/24h. La S7000 fonctionne avec 3 quarts : un de 11h à 23h, un de 23h à 11h et un de 7h à 19h. Avec Eric, nous en avons créé un quatrième : 16h – 4h .

Ainsi, généralement nous nous retrouvons pour manger le midi et passons l’après-midi ensemble.

Louis : Pour ma part, cela dépend plutôt du rythme des opérations car j’accompagne les observateurs de mammifères marins mais je privilégie le rythme 7h-19h.

Comment et où dormez-vous ?

Estelle : Nous dormons dans une cabine individuelle. Nous avons un lit simple, un canapé, un petit bureau, une télé, un placard et notre propre douche + WC. Je dors de 4h30 à 12h généralement. Dans notre cabine ? nous avons également notre combinaison de survie en cas d’évacuation.

Louis : Pour ma part, j’ai une cabine double mais j’ai la chance d’être seul dedans.

Que pouvez-vous faire lors de vos temps de repos ou de loisirs ?

 Estelle : Les journées sont longues donc nous ne trainons jamais beaucoup avant d’aller dans notre lit regarder une série ou appeler nos proches. J’essaie d’aller régulièrement à la salle de sport (et au sauna) car ce n’est pas dans un bateau que nous marchons beaucoup ! La montée d’escalier pour aller au ‘bridge’ est notre principale activité sportive !

Eric : Parce que la vie sur la S7000 n’est pas seulement faite de travail, il y a de quoi profiter à la fin de votre service. Si vous voulez vous défouler, la salle de sport est l’endroit idéal. Vous aurez l’embarras du choix entre les appareils de cardio et de musculation, le sauna et bien d’autres équipements.

Si vous êtes d’humeur musicale, vous pouvez vous rendre dans la salle de musique pour jouer de la guitare, de la batterie ou du piano. Vous pouvez même chanter au karaoké !

Si vous êtes plutôt d’humeur « détente », vous pouvez vous faire masser dans l’un des fauteuils de massage. Ou si vous souhaitez vous détendre avec vos amis marins, vous pouvez jouer au ping-pong, au baby-foot et au billard. Il semblerait même qu’il y ait un terrain de basket dans l’une des colonnes de la S7000 !

Louis : S’il n’y a pas d’opération, c’est séance de sport tous les jours avant le dîner. On est nombreux à aller à la salle de sport tous les jours, afin de se changer les idées avec les grosses journées à bord ! Tous les dimanches, la capitaine propose une inspection sécurité avec les différents responsables et les représentants du maitre d’ouvrage. Même si c’est pour des raisons professionnelles, cette “promenade dominicale » reste agréable !

Comment est la nourriture à bord et quel est le rythme des services ?

 Estelle : Tout dépend du chef à bord ! La cantine propose 2-3 plats chauds à chaque repas et il y a aussi un grand buffet d’entrée froides ou chaudes, et un pour les desserts donc c’est très dur de ne pas avoir envie de tout goûter. Et le week-end… c’est terrible : Il y a encore plus de bonnes choses à manger ! Les samedis soirs sur un navire italien, cela donne : pizza à volonté, parmesan, jambon cru, tiramisu, cheesecake au citron … C’est terrible, je vous dis !

Eric : La nourriture est sacrée en mer, et encore plus sur les navires italiens. Il y a des rituels. Chaque jour, le chef sert des pâtes à chaque repas, et il est difficile de ne pas y goûter. Le samedi soir, c’est soirée pizzas, et honnêtement, le chef italien fait des merveilles ! Au-delà des classiques comme la mortadelle/pistache, la quatre-fromages et la speck/roquette, nous avons découvert les pizzas « ananas/bacon/sauce barbecue » et « carbonara », et pour le dessert, la pizza « Nutella, banane et noix de coco » du chef.

Le dimanche, un méga buffet est proposé avec une gigantesque meule de parmesan et des desserts à profusion. Il n’est donc pas surprenant qu’une balance ait été installée à l’entrée de la cantine !

Louis : La nourriture était en effet bonne et variée. C’est le seul moment de pause donc on voit qu’il y a un effort pour faire plaisir au personnel à bord.

Il y a aussi un magasin où on peut acheter du shampoing et des produits de première nécessité qui ne sont pas fournis par le navire, et quelques sucreries qui ne sont pas proposées au menu.